Prise de parole 11/07/2023
Voici la retranscription de la prise de parole d’une des personnes convoquées pour l’affaire Lafarge lors du rassemblement et de la conférence de presse en face du tribunal judiciaire d’Aix en Provence. Cette prise de parole a eu lieu avant la mise en examen de celle-ci. A la suite de la comparution devant les deux juges d’instructions, la mise en examen a été actée pour les faits de destruction et dégradation par voie d’incendie en bande organisée à l’encontre de plusieurs engins de chantier appartenant à la société SAS BUESA, et d’association de malfaiteurs, le 10 décembre 2022, à Bouc Bel Air, dans les Bouches du Rhône. A l’issue de la mise en examen, les mesure de contrôle judiciaire suivantes ont été prises par les juges d’instruction :
- Interdiction de paraître sur le département des Bouches du Rhône (13).
- Interdiction de participer à une manifestation sur la voie publique aux abords des sites appartenant à la société LAFARGE.
- Interdiction d’entrer en contact de quelques que manières que ce soit avec la deuxième personne mise en examen.
Aujourd’hui, je fais partie des soulèvements de la terre au même titre que les 150000 personnes qui se sont engagées dans ce mouvement. Les interrogations soulevées par les Soulèvements de la terre sont miennes, et je partage les idées et les actions qui sont portées.
En tout premier lieu, je ne peux que me réjouir que des questions habituellement invisibilisées comme l’accaparement et la destruction des sols par l’agro-industrie, la bétonisation, l’accès à l’eau, et aux moyens de subsistance aient été mis au centre de l’actualité.
En second lieu, je m’interroge sur la date de mon interpellation, le mardi 20 juin 2023, et l’annonce de dissolution le jour suivant. Une opération de police qui a mobilisé pas moins d’une centaine d’agents avec les renforts du RAID, de la BRI et de la BAC s’est déployée pour interpeller simultanément des personnes présumées être en lien avec la manifestation interdite de Sainte Soline et le désarmement de l’usine de Bouc Bel Air à l’encontre des sociétés LAFARGE ( ainsi que France, BUESA, ORTEC INDUSTRIE SERVICE, BOLDROCCHI France ; LABROSSE EQUIPEMENT et LOXAM).
Mon arrestation a eu lieu en même temps que d’autres personnes avec qui j’ai grandi et vécu, et d’autres que je ne connais pas. J’ai été placée en garde à vue pendant 4 jours dans les sous-sols de la sous-direction antiterroriste, sans aucun contact visuel avec les autres mis en cause. Mes sous- vêtements ont été mis sous scellé afin de prendre de force mon ADN et dans ces conditions, j’ai fait valoir mon droit au silence ne souhaitant pas participer à la construction d’un récit fantasmé et paranoïaque de l’antiterrorisme français.
A l’issue de toutes ces GAV, deux personnes partaient en détention pour la manifestation de Ste Soline et certains interpellés dans le cadre du même dossier que le mien doivent comparaître pour organisation de manifestation interdite le 8 septembre prochain (13 personnes sont en attente de procès pour les évènements contre les méga bassines dans les deux mois à venir).
A la fin de ma garde à vue, on m’a bandé les yeux afin de me déposer dans une rue inconnue. C’est là que j’ai pris connaissance de ma convocation en vue de ma mise en examen pour des faits de dégradations aggravées et d’association de malfaiteurs.
Le ministère public fait le choix de multiplier les affaires judiciaires et de les morceler, et ce peut- être pour ne pas exposer la velléité gouvernementale de s’attaquer à un mouvement, celui des Soulèvements. A travers les soutiens multiples qui se sont manifestés le sentiment qui persiste est bien qu’on cherche à attaquer un mouvement. Le message est clair : on tolère une écologie des petites mesurettes et on condamne celle qui tente de visibiliser les responsables de la dégradation générale des conditions de vie sur terre, en cours et à venir.
La manière dont ces arrestations ont été menées et l’ampleur de l’opération, qui s’est déroulée aux quatre coins de la France, marque la volonté d’alimenter un récit fantasmé qui est un pur produit de la Sous-direction antiterroriste.
Les forces de police qui ont procédé à nos interpellations avec grand fracas sont les mêmes qui ont été déployées 8 jours plus tard pour exercer la dissuasion et la terreur dans les centre-ville et les rues des quartiers populaires après la mort de Nahel. J’apporte mon soutien à toutes les personnes qui ont été exposées aux armes et à l’intimidation de ces forces spéciales de maintien de l’ordre. Je pensais que la justice souhaitait conserver son indépendance vis-à-vis du ministère de l’Intérieur, cela me semble de moins en moins le cas.
Me concernant, outre les problèmes juridiques qui seront abordés sur les qualifications retenues, je peux déjà affirmer que je ne me reconnais dans aucune des infractions citées.
Concernant l’action menée à l’encontre de la cimenterie, il apparaît qu’une centaine de personnes sont entrées sur un des 50 sites les plus polluants de France exploité par le grand bétonnier LAFARGE condamné récemment pour complicité de terrorisme. Des dégradations matérielles auraient été commises pour un préjudice estimé à 6 millions d’euros. Peut-on sérieusement croire que la multinationale Lafarge compteraient sur des dommages et intérêts pour compenser cette perte, au regard des 776 millions de dollars qu’elle a accepté de payer au gouvernement américain pour son soutien à l’État Islamique en Syrie ? Il n’est pas non plus inutile de rappeler que l’entreprise est soupçonnée par les autorités françaises d’avoir versé entre 4,8 et 10 millions d’euros au seul groupe État Islamique.
Je rappelle d’une part que l’entreprise reste à ce jour poursuivie en France pour complicité de crime contre l’humanité et d’autre part que l’activité de cette société est critiquée depuis longtemps localement (par le maire de Bous Bel Air) quant à ses conséquences écologiques et sanitaires.
L’instruction sera longue, 31 personnes ont déjà été placées en garde à vue dans ce dossier sur la base de leur mode de vie et pour la plupart d’appréciation des services enquêteurs de photographies du réseau de bus marseillais.
Comme dans d’autres affaires judiciaires en cours tout aussi fantaisistes, l’utilisation de messageries cryptées grand public est criminalisée. A l’heure où le fait de protéger ses données personnelles est à peu près conseillé à tout le monde pour le respect de la vie privée, on suspecte des personnes parce qu’elles n’ont pas un usage régulier et constant de leur ligne téléphonique.
Les services enquêteurs qui nous ont interrogé pendant 4 jours dans ce sous-sol construisent, un dossier, un récit, à partir d’éléments de personnalité et de comportements téléphoniques : qu’on soit à la mer, en forêt ou en manifestation, on nous soupçonne.
Ils accusent aussi des personnes parce qu’elles seraient fidèles aux évènements co-organisés par les Soulèvements de la Terre.
La justice va t’elle accepter la logique des enquêteurs qui consiste à voir des pratiques de dissimulation partout ? Dans ce dossier, quand ils ne savent pas c’est qu’il y a infraction et quand ils ne voient pas, c’est qu’il y a conspiration. D’ailleurs, je rappelle que personnes arrêtées dans cette affaire sur ces mêmes bases ont d’ores et déjà été relâchées sans suite.
Finalement, aujourd’hui, il me semble que c’est mon entourage familial et amical, ainsi que mes engagements, qui sont visés par une enquête dont je réfute la construction.
Si un contrôle judiciaire devait être décidé, j’ose espérer que les restrictions dans mon quotidien ne m’empêcheront pas de voir et de parler avec mes amies d’enfance ainsi que toutes celles et ceux avec qui je nourris l’espoir d’une construction d’un monde respirable.
Je ne peux qu’appeler aujourd’hui à continuer de lutter.
Merci
Pour un soulèvement antifasciste
