Dossier gruyère, relaxes et procureur « écolo » mais des condamnations incompréhensibles : clap de fin de deux jours de procès pour l’affaire Lafarge.
Après 2 jours d’audience au tribunal d’Evreux, 5 des 9 prévenu.es dans l’affaire Lafarge Val de Reuil sont relaxés et 4 condamnés sur les chefs d’inculpation d’association de malfaiteurs et dégradations.
Les 19 et 20 décembre 2024, 9 personnes ont été jugées au Tribunal d’Évreux dans le cadre d’un procès hautement politique. Ce dernier fait suite à l’arrestation par la Sous-Direction de l’Anti-terrorisme (SDAT), le lundi 8 avril 2024, de 17 personnes suspectées d’avoir participé au désarmement d’une centrale à béton à Val-de-Reuil dans le cadre de la campagne d’actions menée contre Lafarge-Holcim et le monde du béton en décembre 2023. Cette campagne était appelée par plus de 200 organisations écologistes, paysannes, syndicales, comités locaux des Soulèvements de la terre et collectifs d’habitant-es en lutte contre l’artificialisation des terres.
Deux jours durant, dans le rassemblement et les tables-rondes à l’extérieur et via les témoins et plaidoiries à l’intérieur du tribunal, les activités toxiques et criminelles souvent dissimulées de l’entreprise Lafarge ont été analysées publiquement.
Dès les premiers instants de l’audience, le vide du dossier frappe. Face aux nullités soulevées par les avocates de la défense, le procureur fournit, manifestement gêné, des documents obtenus de la SDAT la veille au soir. Il s’agit bel et bien de boucher les trous d’un dossier qualifié de « gruyère » à plusieurs reprises. Se basant sur des vidéos et photos tellement flous qu’elles ont provoquées plusieurs rires dans la salle, des constatations matérielles sans scellés, des analyses génétiques dont on ne sait rien aux prélèvements, une séquestration dont la victime nie les faits.
Face à ce dossier vide, la salle aura été marquée par la mauvaise foi du conseil de l’entreprise Lafarge. Il fut le premier à tenter de justifier les failles d’une enquête qu’il n’a pas mené et ne se lassera pas de questionner les prévenu.es ayant annoncer garder le silence. Sa défense principale consistera à rappeler ses efforts personnels face au changement climatique tout en niant les accusations sous lesquelles son client croule. Il aura été le visage adéquat de cette entreprise mortifère.
Les 9 prévenu.es ont refusé de répondre aux questions du procureur et de l’avocat de Lafarge. Ils et elles ont adressé des déclarations à la Cour, revenant sur les « violences sourdes » des conditions particulièrement éprouvantes de leurs gav : « seul pendant quatre jours dans une cellule éclairée jour et nuit par un néon, sans aucune intimité, filmé en permanence ». Ils et elles ont également souligné la nécessité d’agir contre les entreprises ecocidaires : « Ma vie approche de son terme et si je continue à militer, c’est en pensant au monde que nous laissons aux générations qui nous suivent ». Ils et elles sont restés de marbre face aux provocations, de 27 à 77 ans, professeurs, retraité.es, agriculteurs, illes ont réaffirmé nier les faits mais ne pas les condamner.
Le procureur est manifestement gêné face au dossier et se lance dans un plaidoyer presque touchant pour la cause climatique – « La lutte contre le changement climatique (CC) et pour la biodiversité est une cause juste légitime. » – et dans des accusations contre… Lafarge « L’entreprise par sa taille est surement en france une des plus grosse contributrice en CO2 et en artificialisation (..) Il est dès lors légitime, et je pèse mes mots, qu’un certain nombre de nos citoyens lutttent pour tenter d’attirer le regard sur ce legitime combat qui devrait etre celui de tous. ». Cela ne l’empêche pas de charger les 9 prévenu.es de tous les chefs d’inculpation : dégradations, séquestration, association de malfaiteurs, refus de signalétique pour 3 d’entre eux. Sans plus s’expliquer ou s’appuyer sur la commission de certains des délits reprochés il affirme, dans la même ligne schizophrénique « Je réfute complètement comme citoyen et procureur le terme d’écoterroriste qui a pu être utilisé par certains pour qualifier ceux qui défendent la cause de l’ecologie. (…) je ne serai pas crédible de dire qu’ils sont dangereux, ça doit être une peine symbolique qui doit être prononcée envers eux aujourd’hui ».En guise de peine symbolique ce sont 6 mois d’emprisonnement avec sursis qui sont requis et 300 euros d’amende.
In fine le tribunal fait droit en partie aux nullités soulevées par les avocates et relaxe 5 des prévenues pour tous les chefs d’inculpation hors refus de signalétique, 4 sont relaxés sur le chef de séquestration mais condamnées pour les autres, à 6 mois d’emprisonnement avec sursis et pour un à 10 mois d’emprisonnement avec sursis
Cette décision reflète la réalité assénée derant deux jours : ce sont des chefs d’inculpation et des moyens démesurés qui ont été mis en oeuvre contre les prévenus, de manière souvent illégale. C’est une victoire un désaveu de la saisine et de l’action de la SDAT dans cette enquête, mais aussi la première étape d’un long combat judiciaire.
On peut s’attendre à ce que les 4 personnes condamné.es fassent appel en ayant profondément confiance en cette affirmation d’un des prévenus face à la cours « On ne sait pas comment le présent jugera cette affaire, mais j’ai l’impression qu’on sait toutes et tous déjà comment le futur la jugera. »
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